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Textes

Je voudrai qu'on s'aime


Tant qu'y'aura des hommes
Pour lever les poings.
Tant qu'y'aura des « Rome »
Au bout des chemins.
Tant qu'y'aura du vent
Pour lever les foins,
Et de temps en temps
Des robes en satin.
Tant qu'y'aura du vin
A boire entre amis.
Tant qu' y'aura au loin
Un souffle de vie.
Tant qu' y'aura l'espoir
De joyeux lend'mains,
A défaut d'Grand Soir
Qu'est pas pour demain.

Je voudrai qu'on s'aime
Comme de vrais gamins.
Je voudrai qu'on s'aime
Comme de vrais copains.

Tant qu'y'aura l'ami
Pour te tendre les bras,
Et ton pire ennemi
Pour venir vers toi.
Tant qu' y'aura la joie
De rester debout
A rire aux éclats
Devant tous ces fous.
Tant qu' y'aura la pluie,
Les verres de rouquin,
Un peu de folie
Dans quelques bouquins.
Tant qu'y'aura l'envie
De chercher en vain
A changer la vie
De ceux qui n'ont rien.

Je voudrai qu'on s'aime…

Tant qu'y'aura ta bouche
Et tes jolis seins,
Tes mains qui me touchent
Et me font du bien.
Tant qu' y'aura ton cul
Dans mon quotidien
Je serai ému
Comme un collégien.

Je voudrai qu'on s'aime…


Discographie

Gentils chanteurs


Qu'ils sont gentils ces p'tits chanteurs
Qui chantent pour les Restos du cœur !
Qu'ils sont mignons tous ces cabots
Qui chantent parfois pour les prolos !
Voyez-vous, ces dames-patronnesses,
Qui ont leurs pauvres à leur kermesse,
S'en viennent parfois à la télé,
Dégoulinantes de charité.

Ah qu'ils sont bons tous ces chanteurs !
Chacun sa cause selon son cœur.
Le tsunami, qui fut tendance,
Fut remplacé par d'autres urgences.
Le beau « Patrick » après l'poker
Fait parfois dans l'humanitaire.
Certains, fâchés ‘vec les impôts,
Se prêtent au jeu pour la promo.

La charité se porte bien,
Ça fait même chic chez les mondains :
« T'as pas chanté pour le Mali ?
C'était sympa, y avait Lorie ! ».
« Pourquoi t'as chanté pour l'Tibet ?
T'es con y avait pas la télé !
Ça sert à quoi d'être généreux ?
Les cons voient pas c'qu'on fait pour eux ! »

On les voit moins dans les manifs
Nos p'tits chanteurs pas trop rouges vifs.
On les voit moins s'époumoner
A leurs côtés les sans-papiers.
La charité, ça y savent faire,
C'est leur p'tit côté « Abbé Pierre »
Mais chanter pour  « l'égalité »,
Ça voudrait dire être engagé.

« T'es qu'un aigri ! » diront d'aucuns.
« Pis t'es jaloux, c'est très malsain.
T'es qu'un sectaire trop militant,
‘vec tes discours, t'es un peu chiant ! »
C'est vrai qu'je suis un peu déçu
De ne pouvoir montrer mon cul,
Mon p‘tit vernis humanitaire
Sur TF1 ou chez Druker.

Si un jour on veut d'mes chansons,
J'irai les chanter en prison
Ou dans quelque usine occupée
Où y foutront jamais les pieds ,
Tous ces gentils petits chanteurs
Qui chantent pour les Restos du cœur,
Mais qui sont peu à militer
Pour qu'les Restos aient moins d'succès.
Bande d'enfoirés, bandes d'enfoirés…

La météo marine


« C'est fou c'que t'aimes faire la vaisselle ! »
Me dit ma femme, un peu cruelle,
Qui n'aime pas trop l'air imbécile
Que j'prends pour écouter, fébrile,
De sa voix douce, celle qui susurre
Des mots qui fleurent bon l'aventure,
En cinq minutes qui te fait faire
Un voyage autour de la Terre.

Oui ! Tous les soirs, tu le devines,
J'écoute la météo marine
Présentée par mon héroïne,
Un peu sensuelle, je l'imagine.

Quand elle commence à entonner
Sa litanie de vents sucrés,
J'avoue qu'je prend mon air idiot :
« Grand frais en cours » d'vant ma radio.
« Vent fraîchissant pour cette nuit » ,
Ma femme m'engueule une fois au lit :
« Yeu, Iroise Cantabrico,
Faudrait qu't'oublies mon p'tit coco ! »

Oui ! Tous les soirs, je le devine,
T'écoutes  la météo marine
Présentée par ton héroïne,
Un peu sensuelle, tu l'imagines.

« Avis d'cyclone ! » vers les 20 heures,
Car si « Shannon », « Time » et « Dogger »
Me font souvent un effet bœuf,
Ma femme veut, elle, tuer dans l'œuf
Mon envie folle de changer d'air,
Mon goût nouveau pour les croisières.
Moi, je la laisse à ses délires
Pour écouter l'ange qui soupire.

Oui ! Tous les soirs, tu le devines,
J'écoute la météo marine
Présentée par mon héroïne,
Un peu sensuelle, je l'imagine.

Je vous envie, navigateurs,
Qui tous les soirs à la même heure,
Pouvez entendre sur vos bateaux
Ses mots d'amour en stéréo.
Il y a que vous pour déchiffrer
Cette envoûtante mélopée
Qui chaque soir, moi, me chavire…
Ah !Ce que je peux vous haïr.

Car tous les soirs, je vous devine
Devant la météo marine
Présentée par mon héroïne,
Un peu sensuelle, je l'imagine.

Bien que je ne sois pas marin,
Eh bien, tu vois, j'me verrais bien
Embarquer un jour pour Cythère
En compagnie de Marie-Pierre.
Qu'importe le temps qu'il fera,
Car en me prenant dans ses bras
Elle f'ra de moi un homme heureux,
Moi qui suis peu aventureux.

Et tous les soirs, je le devine,
J'aurai la météo marine,
Présentée par mon héroïne,
Un peu sensuelle, je j'imagine.

Ceuta, Melilla


Ils avaient tout prévu,
Ils avaient décidé
Qu'le temps était venu
De vivre ou de crever.
Ils avaient dit « adieu »
Aux femmes et aux copains
Et prié le bon Dieu
Pour qu'il ouvr' le chemin.

Ceuta, Melilla…
Enfer ou paradis ?
Ils n'avaient plus le choix
Alors ils sont partis.

On avait rajouté,
Depuis la dernière fois,
De jolis barbelés
Qui leur foutaient les foies.
« Ils ont donné l'assaut »,
Nous ont dit les médias.
Qui savent trouver les mots
Qui font peur aux François

Quelques-uns parmi eux
Sont restés accrochés
A leur désir de mieux
Et aux fils barbelés

On les a ramenés
Dans quelques autocars,
Et personne n'a bronché
Quand ils sont morts le soir.
‘Paraît qu'dans le désert
Quelques roses ont fleuri,
Les morts de la misère
N'veulent pas qu'on les oublie.

Les oiseaux migrateurs
Sont un peu plus chanceux,
Bien qu'ils soient voyageurs,
Ils sont partout chez eux.

On n'peut pas accueillir
Toute la misère du monde !
Faut-il s'enorgueuillir
D'laisser crever l'Tiers-monde ?
Moi je veux bien chez moi
Tous les damnés d'la Terre :
Ceux qui se bouffent les doigts
Et ceux qui fuient la guerre.

Et si c'est un délit
Que de rester humain,
Alors je s'rai ravi
D'être en prison demain

Ils avaient tout prévu,
Ils avaient décidé
Qu'le temps était venu
De vivre ou de crever.

On attend p'tit mec


On a le lit et la poussette,
Des paquets d'couches et des serviettes,
Une chaise-haute, des p'tites chaussettes,
Un chauffe-bib'ron qui fait « pouet-pouet »,
Des petits pots et des bonbecs…
On t'attend p'tit mec.

On a l'berceau avec roulettes,
La blédina, les p'tites lingettes
A la lavande, à la violette,
Et ton abonn'ment internet.
Le banquier veut nous priver d'chèques…
On t'attend p'tit mec.

On a ach'té les turbulettes,
Les p'tits doudous et les sucettes,
Le tapis d'jeu, quelques layettes,
Et un p'tit vélo super chouette,
Tu pourras faire le con avec…
On t'attend p'tit mec.

On a l'sirop, le thermomètre,
Et à zéro le trouillomètre.
Papa s'affole, maman s'inquiète :
Est-ce-qu'on saura faire ta toilette ?
Ces p'tites angoisses ? Faut faire avec…
On t'attend p'tit mec.

On a des pulls, des salopettes
Et des p'tites chaussures de compét'.
Il y a ta chambr' qu'est dejà prête,
Et j' ai fais l'plein d'la fourgonnette.
On ne s'ra pas mis en échec…
On t'attend p'tit mec.

On a Henri Dès en cassettes,
Dix exemplaires des « Fabulettes »,
Laurence Pernoud sur la banquette,
Françoise Dolto dans les toilettes.
On veut te faire une vie impec…
On t'attend p'tit mec.

Mais y a des choses qui ne s'achètent,
Qu'on trouve même pas en supérettes,
Mais tout cela, je le regrette,
Ça s'dit pas dans les chansonnettes.
D'amour, tu s'ras jamais à sec…
On t'attend p'tit mec.

Faut qu'on rêve grand pour avoir peu


« Pas d'inquiétude ! » qu'ils avaient dit,
Y a des commandes pour trois années.
Nous, étranglés par nos crédits,
On avait peur de s'faire jeter.
Et on avait raison hélas,
Les choses n'ont pas vraiment traîné,
Mais on s'en fout, ces dégueulasses
Y vont cracher au bassinet.

Nous, comme on est des gens de peu,
Faut qu'on rêve grand pour avoir peu.

Avec la prime qu'on a reçue,
Reçue? J'devrais dire : « arrachée »,
Ces salauds vont pas êtr' déçus
Car l'usine on va la rach'ter.
On va r'lancer la production,
Débarrassés de nos geôliers,
Partis les poches pleines de pognon
Faire des profits à l'étranger.

Nous, comme on est des gens de peu,
Faut qu'on rêve grand pour avoir peu.

Si ça marche pas j'vais au soleil,
Tant pis, j'vendrai mon pavillon.
Il y a sûr'ment quelques merveilles
Pour éclaircir mon horizon.
J'pourrais aussi m'mettr' à mon compte,
Un bar-tabac, une épic'rie…
Petit patron ! Tu t'rends pas compte
La gueule des copains au pays !

Nous, comme on est des gens de peu,
Faut qu'on rêve grand pour avoir peu.

Et si j'retournais à l'école
Pour rattraper le temps perdu,
Passé au milieu d'ces bagnoles
Qu'on n'a jamais si bien vendues ?
Si j'étais resté plus longtemps
La tête penchée sur mes cahiers,
J'aurais compris depuis longtemps
Que tout pouvoir peut se plier.

Nous, comme on est des gens de peu,
Faut qu'on rêve grand pour avoir peu.

La tyrannie, l'humiliation,
L'inaction des autorités,
Font pousser les révolutions,
On a vu ça par le passé.
On a encore le droit d'rêver,
Pour combien d'temps?ça j'en sais rien.
Y s'raient fichus d'nous en priver
Car c'est un luxe à portée d'main.

Nous comme on est des gens de peu,
Faut qu'on rêve grand pour avoir peu.

Fais pas la gueule


« Allez reviens, fais pas la gueule !
Je ne vais pas dîner tout seul.
Je fus, c'est vrai, bête et méchant,
J'suis maladroit de temps en temps…
Ce pantalon te va très bien,
Pardon chérie, j'suis pas malin.»

« Allez reviens, fais pas la gueule !
Tu n'voudrais pas sortir toute seule ?
Vraiment, j'voulais pas t'faire pleurer
En évoquant tes p'tits bourr'lets,
Et puis moi aussi j'ai grossi,
C'est ma maman qui me l'a dit.»

« Allez reviens, fais pas la gueule !
Car j'ai pas envie qu'on s'engueule.
Oui, j'ai fait preuve de maladresse
En regardant un peu tes fesses,
Mais faut pas m'en vouloir pour ça,
Tu sais qu'les hommes sont des goujats.»

« Allez reviens, fais pas la gueule !
Tu fais la tronche d'un épagneul.
Ça mérite pas le tribunal
De mater ta culotte de ch'val,
En plus ton petit cul j'l'adore.
Qu'est-c'que j'ai dit putain encore ? »

« Allez reviens, fais pas la gueule !
Je vais t'acheter des glaïeuls,
Te préparer un p'tit dîner :
Courgettes-vapeur et quart-Perrier.
Non je plaisante, ne me quitte pas ,
Je ne pourrai vivre sans toi.»

« Allez reviens, fais pas la gueule !
Tu ne seras pas mieux toute seule,
‘vec le moral dans les godasses,
La première pâtisserie qui passe
Tu sais mon ange qu'elle est pour toi,
Tu t' trouves pas assez grosse comme ça ? »
« Allez reviens, fais pas la gueule !
C't'enfant j'peux pas l'él'ver tout seul !
Tes p'tites rondeurs sont passagères,
Tu r'ssembles pas encore à ta mère !…
Putain c'que tu es susceptible,
Je peux rien dire, c'est pas possible ! »

« Allez reviens, fais pas la gueule,
Je ne veux pas dîner tout seul.
Allez reviens, fais pas la gueule,
Tu n'voudrais pas sortir toute seule ?
Allez reviens, fais pas la gueule,
Tu fais la tronche de tes glaïeuls.
Allez reviens, fais pas la gueule,
Je t'achèt'rai un épagneul.
Allez reviens, fais pas la gueule,
C't'enfant j'peux pas l'él'ver tout seul !
Allez reviens, fais pas la gueule,
Car j'suis à cour de rimes en « eul ».
Allez reviens… »

Lisboa


Au café, sous les arcades,
Noyé dans ma limonade,
Je goûtais, mélancolique,
A la brise océanique.
Plongé dans quelque roman,
J'essayais de tuer le temps;
Je ne l'ai pas vue venir,
Elle et son plus beau sourire.

Elle m'a seul'ment dit : « bonjour !»
Comm' y avait personne autour,
Je compris qu'c'était pour moi
Que chantait sa douce voix.
J'ai bredouillé quelques mots
Puis j'ai rougi comme un sot,
Elle m'a dit : « On fait un tour ? »
Evidemment, j'étais pour.

On a bu dans les cafés,
Flâné dans tous les quartiers.
Du Baixa au Chiado,
Elle me chantait du fado.
Moi, pour la récompenser,
J'lui offris quelques baisers
Qu'elle ne daigna recevoir,
J'avais essayé pour voir.

Afin d'forcer le destin,
J' me mis à lui prendr' la main.
Au pied d'la « Tour de Bélem »
Elle m'a enfin dit : « je t'aime »
J'n'étais plus du tout tranquille,
Qu'elle était belle cette ville !
J'n'avais plus envie d'partir,
Vivr' sans elle ? Plutôt mourir !

Mais c'est sur les bords du Tage
Que se termine le voyage.
Elle me supplie de rester,
Moi j'lui parle de fiancée
Qui s'rait restée à Paris
Dont je s'rais bientôt l'mari
Elle me quitte dans un sanglot
En me traitant de « salaud ! »

Mais je reviendrai un jour
Pour retrouver mon amour.
Sur les pas de Pessoa,
J'irai le chercher là-bas.
Je chanterai cett' chanson
A m'en péter les poumons,
Sur les pavés jaunes et noirs,
Je f'rai pleurer ma guitare…

Marie


Elle n'a pas sa langue dans sa poche
Et serait même plutôt rebelle.
Elle a 30 ans et pas de mioches
Qui lui suçotent les mamelles,
Et quand sa mère le lui reproche,
Marie s'énerve, c'est plus fort qu'elle.
Elle dit :  «  Arrête ou je raccroche ! »
Sa mère s'fait du souci pour elle.

Elle habite rue Maréchal Foch
Dans un deux-pièces qu'est pas à elle.
Elle dit qu' chez elle c'est un peu moche
Mais qu'il y a plus malheureux qu'elle.
Elle vit entourée d'livres de poche,
De tableaux dans les tons pastel.
Sur le sofa y a d'la brioche,
Un pot d'confiture mirabelle.

Tous les matins, sur Mackintosch,
Elle tape sa thèse sur Louise Michel.
Marie a de Louise une approche
Qu'elle espère complètement nouvelle.
Le sam'di, elle fait la bamboche
Avec Julie et Isabelle,
Parfois ramène quelque fantoche
Qu'elle congédie dès le réveil.

Elle ne fait pas partie d'ces cloches
Qui veulent toujours qu'on les voit belles,
Elle revendique le droit d'être moche
Quand elle va descendre ses poubelles.
Elle se contrefout des valoches
Qui se dessinent sous ses prunelles
Et mettrait bien quelques taloches
A ces pétasses qu'on voit dans « Elle ».

On la croit dure comme de la roche
Mais parfois le vernis craquèle,
Et quand Marie vide sa sacoche,
Elle a besoin qu'on s'occupe d'elle.
Quand elle a quelque chose qui cloche,
Elle a son remède personnel :
Elle s'acharne sur quelques partoches,
Entre les g'noux son violoncelle.

Marie, ça fait deux ans qu'j'l'approche,
J'ai même dîné une fois chez elle.
Je fais un peu partie d'ses proches,
On s'est même roulé quelques pelles
Mais faut qu'j'me mette dans la caboche
Que c'est pas tous les jours noël,
Je ne serai pas son Gavroche ,
Elle s'ra jamais ma Louise Michel.

Place des p'tits bancs


Place des p'tits bancs, sam'di matin,
Un vieux monsieur promène son chien,
Une petite fille promène sa mère,
C'était un sam'di ordinaire.
Sam'di matin, place des p'tits bancs,
Je sors de chez toi à l'instant :
« Votre mission, si vous l'acceptez,
Est d'faire en sorte de m'oublier »

Au restaurant, la s'maine dernière,
Entre le fromage et l'dessert,
T'as pris ton courage à deux mains :
« On va chez moi, j'habite pas loin ! »
La s'maine dernière, au restaurant,
Elle m'a parlé de ses parents,
Moi j'ai parlé un peu des miens,
C'étaient peu d'choses, mais c'était bien.

Fac de philo, il y a un mois,
Elle s'est assise à côté d'moi.
Elle sentait bon, je sentais bien
Que je perdais tous mes moyens.
Il y a un mois, fac de philo,
J'ai oublié Michel Foucault
Pour l'inviter au restaurant,
Une pizzeria, place des p'tits bancs.

Chez des amis, l'hiver dernier :
« Marie, j'te présente Olivier ».
« Olivier, j'te présente Marie,
Etudiante en philosophie »
L'hiver dernier, chez des amis,
Entre deux verres de Martini,
Une petite brune aux grands yeux verts
M'a foutu le cœur à l'envers.

Place des p'tits bancs, un jour prochain,
Un jour que j' pass'rai dans ton coin,
Il se pourrait que je m'invite,
Que je te rende une p'tite visite.
Un jour prochain, place des p'tits bancs,
Avec un p'tit air innocent,
J'essaierai pour la dernière fois…
De venir habiter chez toi.

Friches


On a la mémoire en friches
Industrielles en c'moment.
Elle a perdu ses ratiches
L'usine de papa-maman.
J'en connais queq's uns qui trichent,
Qui cachent leur licenciement,
Z'ont p't'êtr' honte de pas êtr' riches,
Y font des gueules d'enterr'ment.

On voit plus sur les photos
Les prolos vite oubliés,
En dehors de l'objectif
Que l'capital s'est fixé.

« Gentils, gentils les caniches !
Faut vous rentrer gentiment.
Faut retourner dans vos niches,
Dans vos p'tits appartements. »
J' en vois certains qui pleurnichent,
Z'ont besoin d'médicaments.
Le suicide ? Vous êtes pas chiches !
Malgré vos ressentiments.

On voit plus sur les photos…

T'as gagné à la bourriche
Ta cellule de reclass'ment.
Tu sais pas causer « english »,
Tu r'grettes l'école forcément.
Tu veux pas jouer les boniches ?
On te retire prestement
Du fichier ta petite fiche,
Finis tes émoluments

On voit plus sur les photos…

Aller coller des affiches ?
Manifester bruyamment ?
Tu sais que tout l'monde s'en fiche
Et tu trouves ça déprimant.
Un jour, quelque tsarévitch
Se f'ra lyncher fatal'ment.
J'ai bien envie d'vous dire : « chiche !»
Faut plus faire de sentiments.

On voit plus sur les photos…

On a la mémoire en friches
Industrielles en c'moment.
Elle a perdu ses ratiches
L'usine de papa-maman.
Un jour quelque tsarévitch
Se f'ra lyncher fatal'ment.
J'ai bien envie d'vous dire : « chiche ! »
Faut plus faire de sentiments.

Tonton Robert


Tonton Robert
Est mort hier,
Tu parl's d'une tuile !
D'un p'tit cancer
Comm' ma grand-mère
Au mois d'avril.
Il s'est battu
Tant qu'il a pu,
Avec courage.
Il a mouru,
Qui l'aurait-cru ?
Au deuxième âge.

Pourtant costaud
Sur les photos
Que j'ai de lui,
En tricot d'peau
‘vec ses marmots
Autour de lui.
Quand j'étais p'tit,
J'allais chez lui
Avec papa,
Dans son boui-boui,
Dans l'vieux Paris,
Rue d'Alésia.

‘L'avait jamais
Beaucoup bossé,
Le bienheureux.
Ça f'sait jaser
Tout le quartier,
Tous les envieux.
‘L'aimait Rimbaud,
Les bell's autos,
L'harmonica,
Faire du vélo,
Du pédalo,
Les templ's incas.

Il était fier
D'avoir pu faire
Mai 68.
Ce libertaire,
Au cœur sincère,
Rêvait d'une suite.
Y votait plus,
Ne croyait plus
Les communistes.
N'espérait plus
En ces vendus
De socialistes.

Bouffeur de cu-
  • Ré convaincu
Depuis longtemps,
‘Tirait dessus
Son p'tit « Jésus »
De temps en temps.
« Ça remplace pas
Une bell' nana ! »,
Qu'il aimait dire,
« Mais quelquefois,
Tu vois mon gars,
Ça fait plaisir. »

L'teint buriné
Par l'Muscadet
Ou le Pernod,
Pour le saoûler,
Ben y fallait
Te lever tôt.
Moi, j' crois qu'l'alcool
Servait d'boussole
A son chagrin,
‘L'était l'idole
D'un music-hall
Qui sentait l'vin.

J'suis malheureux
Car ce p'tit vieux
M'aurait fait rire,
Mais le bon Dieu,
Qu'est un vicieux,
L'a fait partir.
Tonton Robert
Est au cim'tière
Depuis lundi.
Depuis mes frères,
Même en enfer
C'est l'paradis.

Dimanche avec loulou


Ô mon loulou,
Mon p'tit loulou-voyou
Mon petit loulou…
Mon p'tit loulou, t'es doux.

Ô mon loulou,
Mon p'tit loup, tu m'rends fou.
Mon petit loulou…
Mon p'tit loulou, t'es doux.

Ô mon loulou,
Ne mets jamais les bouts !
Mon petit loulou…
Mon p'tit loulou, t'es doux.

Ô mon loulou,
Ta maman, on s'en fout !
Mon petit loulou…
Ce dimanche est à nous !